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Antonin Mongin : Les cheveux en quatre

Alissa Demorest

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Antonin Mongin : Les cheveux en quatre

Diplômé des Arts Décoratifs de Paris en design textile et matière en 2016, lauréat du Prix de la jeune création l’année suivante et, actuellement, doctorant à Ensad-Lab, au sein du groupe de recherche Soft Matters, Antonin Mongin a déjà fait ses preuves… à seulement 24 ans. Sa matière de prédilection? Le cheveu!  « Bien qu’il y ait un certain rejet du cheveu en tant que matière, il ne laisse jamais indifférent. Intime, humain, incarné… si on sait se l’approprier, il peut rivaliser avec la plume, la soie et même la fourrure. » L’artiste souhaite faire revivre une pratique disparue à la fin du XIXe siècle en Occident, quand les cheveux servaient à créer des objets de mémoire. « La technologie fait que l’on n’incarne plus nos souvenirs. Et la photographie a permis de cristalliser le moment, rendant ce genre d’objet désuet, explique t-il. En tant que designer, je souhaite créer un objet sur mesure, plus couture que couture, en travaillant la fibre du cheveu comme matière première pour mes textiles. » Le cheveu, il le tisse, le tricote, le brode et le sérigraphie. « Chaque projet est un micro-challenge technique d’ennoblissement judicieux », renchérit l’artiste. Pour commencer, Antonin Mongin coupe minutieusement le cheveu à la main, jusqu’à l’obtention d’une poudre qu’il transforme en pigment. Cette matière est ensuite sérigraphiée sur un support textile. Cela peut produire un effet maroquinerie avec brillance ou matité obtenues par traitement. La sérigraphie permet aussi de jouer sur les motifs. Ce travail est surtout destiné aux accessoires et aux petits détails décoratifs, mais pour les commandes spéciales, l’artiste ne modifie jamais le cheveu. « Je tiens à en respecter le chromatisme originel », dit-il. Les longueurs de cheveux supérieures à 10 centimètres sont tissées ou tricotées sur un métier Jacquard, avec une chaîne montée en coton (une technique onéreuse réservée aux pièces d’exception). Le cheveu peut aussi être imprimé puis tissé dans la tradition indienne de l’ikat, donnant une impression de vibration visuelle sur le motif initial. Antonin Mongin aime également travailler le synthétique car, dans ce cas, le cheveu reste la seule matière naturelle, « le seul protagoniste ». La flexibilité du nylon permet au textile de prendre des formes inédites. Et pour des longueurs supérieures à 40 centimètres, le designer tricote le cheveu avec du jersey de nylon. En intervenant sur seulement certaines parties du textile, il crée des effets de mouvement dus à l’élasticité du nylon, qui fait ressortir une partie de la trame. « C’est un moyen d’y réinsuffler du vivant ! », assure-t-il. Et d’ajouter : « Outre mon travail de chercheur, les commandes particulières me stimulent car je m’allie et dialogue avec d’autres designers, afin d’explorer une variété de secteurs d’applications. » Comme si nous doutions que l’inspiration pouvait lui manquer!   Antonin Mongin exposera à la galerie L’Écu de France, à Viroflay (78), du 3 mars au 1er avril 2018. Il contribue à Cheveux chéris : frivolités et trophées, une exposition à l’Abbaye de Daoulas, en Bretagne (29), à partir du 15 juin.

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